Portrait posthume : Bintou Diagne, une vie au service du développement de Ndiarème Gaé
Malgré sa souffrance et son état de santé fragile, ‘’Mme le maire’’ comme on aimait l’appeler, a tenu à faire le déplacement jusqu’à Ndiarème pour nous accueillir chez elle. Au cours de l’entretien, Mme Bintou Diagne est largement revenue sur son parcours parsemé d’embuches. De retour de la Mauritanie après les événements de 1989, cette infirmière a dû troquer sa blouse contre de petits boulots avant de se hisser jusqu’aux plus hautes instances de décisions locales. Découvrons, le portrait de cette femme de valeur, véritable source d’inspiration pour la jeune génération du Walo.
Le magazine ‘’La Voix des calebasses’’ lui rend un vibrant hommage pour avoir consacré toute sa vie à l’épanouissement de la communauté.
Première adjointe à la mairie de Gaé (département de Dagana, région de Saint-Louis), Mme Bintou Diagne n’avait d’yeux que pour le développement de son terroir. Responsable politique respectée, « Mme la mairesse », comme on l’appelait affectueusement, soutenait avec conviction que « l’action politique est le moyen par excellence de construire un pays, de développer une localité et d’aider les citoyens ». Son charisme, sa détermination et son engagement sans faille lui ont valu d’occuper de hautes responsabilités locales.
Née à Saint-Louis, Bintou Diagne a grandi à Ndiérème Walo. Après des études secondaires menées jusqu’en classe de quatrième au collège de Dagana, son mariage la conduit à s’installer en Mauritanie, où elle suit une formation pour devenir infirmière brevetée. En 1989, les douloureux événements entre le Sénégal et la Mauritanie la contraignent à rentrer au pays. Un retour qui, ironie du sort, l’a ramenée vers son village natal.
La résilience d’une femme de terrain
Rentrée au bercail, Bintou Diagne ne baisse pas les bras et multiplie les activités. « Le chemin a été parsemé d’embûches. J’ai fait énormément de petits boulots à mon retour. J’ai notamment travaillé comme technicienne de surface à Razel, une entreprise qui s’occupait de l’aménagement des cuvettes agricoles dans la vallée. C’était un travail pénible pour une femme, une tâche que je n’avais jamais faite, mais que j’ai acceptée sans hésiter car j’avais des charges familiales à gérer », confiait-elle.
Sa persévérance paie : deux ans plus tard, elle intègre l’usine de transformation de tomates de la SOCAS en tant qu’infirmière major. Après trois années à ce poste, elle choisit de se consacrer pleinement à la santé communautaire en ouvrant sa propre case de santé à Ndiarème. « J’ai complété ma formation pour obtenir un diplôme reconnu par le ministère de la Santé. Ce parchemin en poche m’a permis d’être embauchée jusqu’à ma retraite en 2014. »
Un engagement politique au service des femmes
Parallèlement à sa vocation médicale, Bintou Diagne s’est forgé un destin politique avec un objectif clair : porter la voix et le cri du cœur des femmes dans les instances de décision. Guidée et soutenue par des mentors sur ce terrain exigeant et glissant, cette femme sereine et courtoise a rapidement gravi les échelons. En 2022, elle entamait son troisième mandat au sein de la municipalité, après avoir été élue conseillère locale une première fois de 2002 à 2007, puis en 2014, en devenant première adjointe au maire, poste qu’elle occupera jusqu’à son rappel à Dieu au début du mois de juin 2026.
« Le développement local est ma véritable passion. Si cela ne tenait qu’à moi, j’aimerais que toute la population s’implique activement dans ces dynamiques », aimait-elle répéter. C’est cet amour pour son terroir qui l’a naturellement menée à soutenir les initiatives d’économie sociale et solidaire, et plus particulièrement l’approche des Calebasses de Solidarité (CDS).
Elle portait un regard admiratif sur ce dispositif : « Lorsque les Calebasses de Solidarité ont été installées à Ndiarème, j’ai vu un réel engouement de la population. Ce système est très différent des tontines traditionnelles ou des AVEC. Le modèle de la calebasse est souple, fiable, sans contraintes majeures pour devenir membre, ni pour bénéficier de prêts sans intérêt. »
Sous son impulsion, la municipalité a pleinement adhéré à cette démarche. ‘’Chaque fois que nous organisons des réunions publiques ou des débats d’orientation budgétaire axés sur la promotion des femmes et des projets communautaires, nous invitons formellement les responsables des réseaux de Calebasses à venir exprimer leurs besoins et participer aux choix stratégiques. Elles apportent leur expertise du terrain et contribuent à enrichir nos politiques publiques. C’est une démarche participative essentielle pour nous’’, témoigne-t-elle. Au plan national, elle a représenté sa commune lors du lancement du projet « Dialogue avec les politiques », organisé à Thiès par la Coordination nationale d’Action de Carême Sénégal. Un engagement fort qui visait à prouver que la mairie était en parfaite adéquation avec ce projet qui visait à impliquer davantage, les autorités (maires, leaders politiques, ministère) dans cette approche d’économie sociale et solidaire.
